dimanche 29 novembre 2009
ENTRETIEN: EDF a les moyens de financer ses investissements - PDG
Géraldine Amiel et Sebastian Moffett, DOW JONES NEWSWIRES PARIS (Dow Jones)--Electricité de France (EDF.FR) dispose de suffisamment de liquidités pour financer son programme d'investissement dans le nucléaire et des projets de maintenance de réacteurs à travers le monde au cours des dix prochaines années, a indiqué le nouveau président-directeur général du groupe, Henri Proglio. Au cours d'un entretien accordé le jour de son entrée en fonction chez EDF, H.Proglio s'est également déclaré convaincu de pouvoir gérer les dimensions politiques associées à la direction de l'un des plus grands groupes de l'Hexagone, encore détenu à 83% par l'Etat français. "Des marges de manoeuvre, je pense que je les ai, je me les donne mais ce sera moins simple" qu'à Veolia Environnement (VIE.FR)", a expliqué le dirigeant. Alors que d'autres pays ont abandonné l'énergie nucléaire dans les années 1980 - surtout pour des raisons de sécurité après une série d'accidents -, la France a continué de développer son parc de réacteurs. Le pays tire aujourd'hui environ 80% de son électricité du nucléaire. Mais les réacteurs français vieillissent. En octobre, le pays a dû importer de l'électricité pour la première fois depuis des années. Parallèlement, EDF s'est également développé à l'étranger en exportant son savoir-faire dans le domaine du nucléaire dans des pays comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni. EDF a acquis l'opérateur nucléaire britannique British Energy en 2008. Le mois dernier, les autorités américaines ont approuvé son acquisition de 49,99% des actifs nucléaires du groupe énergétique américain Constellation Energy Group Inc. (CEG). L'électricien français a également pris une participation dans l'italien Edison SpA (EDN.MI). L'expansion rapide du groupe, associée aux besoins de maintenance du parc nucléaire existant en France, conduit les analystes à se demander si EDF n'aurait pas besoin de solliciter les marchés pour financer ses investissements au cours de la prochaine décennie. "Je ne suis pas traumatisé par ça", a déclaré Henri Proglio durant cet entretien, expliquant que le groupe disposait de liquidités suffisantes. Le dirigeant a précisé que le groupe générait un cash-flow opérationnel d'environ 10 milliards d'euros par an, pouvant être utilisé pour les investissements destinés à prolonger la vie des centrales nucléaires existantes et à augmenter leur capacité. Le nouveau patron d'EDF a toutefois ajouté une note de prudence à son discours. S'il a indiqué qu'au moment de son arrivée, il n'avait "évidemment pas en tête une augmentation de capital", il n'a toutefois pas totalement exclu cette option. Concernant les activités d'EDF à l'étranger, Henri Proglio a indiqué que, malgré la prise de participation dans Constellation, le marché américain n'était pas nécessairement sa priorité pour l'avenir d'EDF, ajoutant que le groupe avait besoin de temps pour étudier la situation sur ce marché. Pour ce qui est des actifs de distribution d'EDF au Royaume-Uni, le PDG a insisté sur le fait qu'aucune décision n'avait encore été prise. "Je pense que le modèle EDF est un modèle intégré, je n'ai pas encore décidé de vendre et différentes options sont possibles autres qu'une vente pure et simple", a-t-il ajouté. L'Europe et la Chine représentent des marchés à fort potentiel, a estimé Henri Proglio, ajoutant toutefois que pour le moment, l'activité du groupe en France était plus importante - d'où sa décision d'organiser une tournée de présentation pour rencontrer les employés et partenaires d'EDF. Afin de rénover le parc nucléaire français sans lever davantage de capitaux, Henri Proglio pourrait devoir augmenter les tarifs du groupe, d'après les analystes. Cela pourrait être problématique pour le dirigeant, dans la mesure où il a été désigné par un gouvernement qui s'est engagé à ne pas augmenter les prix et dont l'action sur le front du pouvoir d'achat des ménages est très surveillée en cette période de crise. Le PDG a admis le besoin de rester en contact avec la réalité de l'économie française, mais il ne s'est pas exprimé sur l'éventualité d'une hausse des tarifs de l'électricité en France. Les prix sont bas en France, en raison des investissements passés du pays dans l'énergie nucléaire. Le prédécesseur de Henri Proglio, Pierre Gadonneix, avait déclenché un tollé au mois de juillet en déclarant qu'il jugeait nécessaire une hausse progressive de 20% des tarifs de l'électricité. Géraldine Amiel et Sebastian Moffett, Dow Jones Newswires Publié le 26 novembre 2009
Capitalisme : un nouveau modèle français
Alors que le nouveau patron d‘EDF, toujours à la tête de Véolia, multiplie les déclarations au point d’apparaître comme le leader de la politique énergétique de la France, François Fillon visitait hier le chantier de l’EPR de Flamanville, entérinant après le fusion de GDF et de Suez, la volonté de Proglio de rapprocher EDF et Véolia.Qui est le patron de la politique énergétique française et tout particulièrement de son industrie nucléaire ? A en croire plusieurs déclarations faites aux quotidiens nationaux du pays depuis une semaine, Le Figaro, Le Monde et Les Echos notamment, ce pourrait être le nouveau leader d’EDF, Henri Proglio, par ailleurs président du directoire de Véolia. Dans des entretiens accordés à ces quotidiens avant même sa nomination officielle en conseil des ministres survenue mercredi 25 novembre, il avait annoncé d’une part qu’EDF pourrait entrer au capital d’Areva et, d’autre part, qu’il entendait convaincre les conseils d’administration d’EDF et de Véolia de la nécessité de rapprocher les deux groupes, prévoyant des participations croisées entre les deux structures pour en faire une entité experte en énergie et en hydraulique.L’Etat encore aux commandes ? Hier, à l’occasion de la visite du chantier de l’EPR de Flamanville, le premier ministre s’est attaché à démontrer que la manette des commandes restait entre les mains de Matignon, voire même de l’Elysée. Il a assuré que l’Etat demeurait le leader de la filière nucléaire française. Accompagné de la ministre de l’économie et des finances Christine Lagarde, qui n’avait pas hésité de rappeler à l’ordre Henri Proglio suite à ses déclarations, le premier ministre a souhaité calmer le jeu dans la polémique née entre EDF et Areva du fait des déclarations de Proglio. Cependant, ménageant la chèvre et le chou, il a estimé qu’EDF avait un rôle central à jouer dans le développement de l’énergie nucléaire et a reconnu qu’Areva demeurait un acteur majeur de cette filière. La semaine dernière Proglio avait prôné une ouverture du capital d’Areva, la ministre de l’économie estimant pour sa part que chacun devait rester dans le domaine de ses compétences. Les mérites du nucléaires avant Copenhague Cherchant à ne pas rentrer dans la polémique et réaffirmant le contrôle de l’Etat sur ce dossier sans toutefois trancher le débat, le premier ministre en a surtout profité pour valoriser la filière nucléaire et le savoir-faire lié à l’EPR, le réacteur de dernière génération qui pourtant cumule les déboires en raison notamment des ses retards en France et en Finlande. Au niveau des négociations internationales la France défend l’idée de prendre en compte l’énergie nucléaire comme énergie propre, dans la mesure où elle est réputée pour le bas niveau de ses émissions de gaz à effet de serre, la question de la gestion des déchets nucléaires relevant pour sa part d’une problématique différente. Le précédent de la fusion GDF Suez Il n’empêche qu’hier le chef du gouvernement entouré de Christine Lagarde et d’Henri Proglio, mais aussi d’Anne Lauvergeon présidente du directoire d’Areva fortement critiquée par le nouveau Pdg d‘EDF et de Jean-Cyril Spinetta président du conseil de surveillance du groupe nucléaire français, n’a pas totalement convaincu quant à la main mise de l’Etat sur sa politique énergétique et nucléaire. La nomination du très bavard Henri Proglio qui cumule depuis mercredi 25 novembre les direction d’EDF et de Véolia, survient après la fusion de GDF et de Suez. Ainsi, en quelques mois, l’Etat a fait émerger deux grands groupes opérant aussi bien dans les domaines des énergies, de l’eau et des services collectifs. Deux grands groupes issus chacun d’un rapprochement entre une grande entreprise publique et une multinationale privée à capital majoritairement français.27 novembre 2009, Pierre Magnetto
Vieillissement du parc nucléaire
EDF a inauguré son Institut international d’étude du vieillissement des centrales nucléaires
EDF a inauguré hier au centre Renardière, en Seine-et-Marne, l’Institut international du vieillissement des matériaux, chargé d’étudier le vieillissement des matériaux équipant les centrales nucléaires. Ces matériaux subissent au fil du temps des agressions chimiques, physiques et radiologiques. « Toutes ces études visent à prolonger la durée de fonctionnement des réacteurs au-delà de 40 ans, explique le Directeur de l’Institut, Jan Van der Lee. La durée de vie des centrales est devenue une question clé pour les producteurs d’électricité nucléaire en France, mais aussi au Japon, où l’on compte 15 réacteurs de plus de 30 ans et 2 de plus de 40 ans ». Jean-Pierre Hutin, de la direction Recherche et Développement d’EDF, précise que le nouvel Institut va lancer dès maintenant une série de huit programmes de recherche européens, programmes qui « concernent par exemple la corrosion des tubes en nickel distribuant la vapeur d’eau, l’irradiation des matériaux, les maladies du béton, et surtout une recherche toute nouvelle sur les polymères, notamment pour les isolants des câbles électriques ».(Le Parisien, 17/11)
EDF a inauguré hier au centre Renardière, en Seine-et-Marne, l’Institut international du vieillissement des matériaux, chargé d’étudier le vieillissement des matériaux équipant les centrales nucléaires. Ces matériaux subissent au fil du temps des agressions chimiques, physiques et radiologiques. « Toutes ces études visent à prolonger la durée de fonctionnement des réacteurs au-delà de 40 ans, explique le Directeur de l’Institut, Jan Van der Lee. La durée de vie des centrales est devenue une question clé pour les producteurs d’électricité nucléaire en France, mais aussi au Japon, où l’on compte 15 réacteurs de plus de 30 ans et 2 de plus de 40 ans ». Jean-Pierre Hutin, de la direction Recherche et Développement d’EDF, précise que le nouvel Institut va lancer dès maintenant une série de huit programmes de recherche européens, programmes qui « concernent par exemple la corrosion des tubes en nickel distribuant la vapeur d’eau, l’irradiation des matériaux, les maladies du béton, et surtout une recherche toute nouvelle sur les polymères, notamment pour les isolants des câbles électriques ».(Le Parisien, 17/11)
Réactions aux propos d'Henri PROGLIO
Retour sur les réactions après les premiers propos de Henri Proglio
Henri Proglio, qui sera nommé le 25 novembre à la tête d’EDF, a confié hier aux Echos envisager d’organiser une refonte complète de la filière nucléaire française et une remise en cause du modèle intégré d’AREVA.Aujourd’hui, Le Figaro Economie rapporte qu’Anne Lauvergeon n’a pas voulu réagir officiellement. Toutefois, souligne le journal, les déclarations de M. Proglio soulèvent un certain étonnement. Lors d’une visite à Flamanville début 2009, Nicolas Sarkozy avait insisté sur son attachement au modèle intégré d’AREVA. Les Echos rappellent à ce titre aujourd’hui les propos qu’avait tenus alors le Chef de l’Etat : « AREVA, avait-il déclaré, c’est l’exemple même, dans le nucléaire, de la réussite. Tous ses concurrents imitent aujourd’hui son modèle intégré, qui part de la mine d’uranium, passe par la fabrication du combustible, la construction et l’entretien des réacteurs, et se termine par le traitement et le recyclage des déchets, non loin d’ici ». La Tribune rapporte que la Présidence de la République a indiqué hier à Reuters que les déclarations du futur Président d’EDF n’ont pas été faites en coordination avec elle. « Ses propositions seront examinées le moment venu, mais elles n’ont pas fait l’objet à ce stade d’analyse technique », a-t-on précisé à l’Elysée. La Tribune souligne aussi que les premiers propos publics de M. Proglio ont beaucoup surpris. L’article s’ouvre sur ce simple mot : « Stupéfaction. » De fait, les experts du secteur de l’énergie signalent que la priorité n’est pas à une remise en cause du modèle intégré d’AREVA, mais bien plutôt des mesures susceptibles de rendre le parc nucléaire d’EDF plus efficace. « Il semble qu’aujourd’hui c’est d’abord et avant tout une plus grande efficacité du parc nucléaire d’EDF qui doit mobiliser son président, plus d’un tiers des réacteurs étant actuellement à l’arrêt, explique un de ces experts, cité par Le Figaro Economie. Voire la loi en préparation sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité, qui oblige EDF à vendre de l’électricité d’origine nucléaire à ses concurrents à des prix particulièrement attractifs. »(Le Figaro Economie, Les Echos, La Tribune, 19/11)
Henri Proglio, qui sera nommé le 25 novembre à la tête d’EDF, a confié hier aux Echos envisager d’organiser une refonte complète de la filière nucléaire française et une remise en cause du modèle intégré d’AREVA.Aujourd’hui, Le Figaro Economie rapporte qu’Anne Lauvergeon n’a pas voulu réagir officiellement. Toutefois, souligne le journal, les déclarations de M. Proglio soulèvent un certain étonnement. Lors d’une visite à Flamanville début 2009, Nicolas Sarkozy avait insisté sur son attachement au modèle intégré d’AREVA. Les Echos rappellent à ce titre aujourd’hui les propos qu’avait tenus alors le Chef de l’Etat : « AREVA, avait-il déclaré, c’est l’exemple même, dans le nucléaire, de la réussite. Tous ses concurrents imitent aujourd’hui son modèle intégré, qui part de la mine d’uranium, passe par la fabrication du combustible, la construction et l’entretien des réacteurs, et se termine par le traitement et le recyclage des déchets, non loin d’ici ». La Tribune rapporte que la Présidence de la République a indiqué hier à Reuters que les déclarations du futur Président d’EDF n’ont pas été faites en coordination avec elle. « Ses propositions seront examinées le moment venu, mais elles n’ont pas fait l’objet à ce stade d’analyse technique », a-t-on précisé à l’Elysée. La Tribune souligne aussi que les premiers propos publics de M. Proglio ont beaucoup surpris. L’article s’ouvre sur ce simple mot : « Stupéfaction. » De fait, les experts du secteur de l’énergie signalent que la priorité n’est pas à une remise en cause du modèle intégré d’AREVA, mais bien plutôt des mesures susceptibles de rendre le parc nucléaire d’EDF plus efficace. « Il semble qu’aujourd’hui c’est d’abord et avant tout une plus grande efficacité du parc nucléaire d’EDF qui doit mobiliser son président, plus d’un tiers des réacteurs étant actuellement à l’arrêt, explique un de ces experts, cité par Le Figaro Economie. Voire la loi en préparation sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité, qui oblige EDF à vendre de l’électricité d’origine nucléaire à ses concurrents à des prix particulièrement attractifs. »(Le Figaro Economie, Les Echos, La Tribune, 19/11)
Nucléaire US
Les Etats-Unis peuvent être « aussi audacieux que les Français » en matière de nucléaire
« Les Français ont 80 % de leur électricité grâce au nucléaire, nous pouvons certainement être aussi audacieux que les Français », a déclaré hier devant quelques journalistes le Sénateur américain républicain Lindsey Graham. Ce dernier travaille avec le démocrate John Kerry à l’élaboration d’un texte de compromis pour la loi sur le réchauffement climatique. Interrogé sur la question des déchets nucléaires, M. Graham a indiqué qu’il avait abordé le problème avec le Secrétaire américain à l’Energie Steven Chu, ancien lauréat du prix Nobel de Physique et lui-même favorable à un renforcement de l’énergie nucléaire aux Etats-Unis. Selon M. Graham, M. Chu « est convaincu qu’au cours de la prochaine décennie il peut y avoir un progrès technique qui va dépasser le système français de recyclage ». M. Graham a ajouté que « le modèle français est un très bon modèle » et a dit espérer que « les Français comprennent qu’ils vont être des leaders en ce qui concerne le contrôle des gaz à effet de serre, [qu’] ils vont être un fournisseur d’électricité essentiel pour l’Europe s’ils restent dans le nucléaire ».(AFP, 17/11)
« Les Français ont 80 % de leur électricité grâce au nucléaire, nous pouvons certainement être aussi audacieux que les Français », a déclaré hier devant quelques journalistes le Sénateur américain républicain Lindsey Graham. Ce dernier travaille avec le démocrate John Kerry à l’élaboration d’un texte de compromis pour la loi sur le réchauffement climatique. Interrogé sur la question des déchets nucléaires, M. Graham a indiqué qu’il avait abordé le problème avec le Secrétaire américain à l’Energie Steven Chu, ancien lauréat du prix Nobel de Physique et lui-même favorable à un renforcement de l’énergie nucléaire aux Etats-Unis. Selon M. Graham, M. Chu « est convaincu qu’au cours de la prochaine décennie il peut y avoir un progrès technique qui va dépasser le système français de recyclage ». M. Graham a ajouté que « le modèle français est un très bon modèle » et a dit espérer que « les Français comprennent qu’ils vont être des leaders en ce qui concerne le contrôle des gaz à effet de serre, [qu’] ils vont être un fournisseur d’électricité essentiel pour l’Europe s’ils restent dans le nucléaire ».(AFP, 17/11)
En octobre, la France a été pour la première fois depuis 27 ans, importatrice nette d’électricité
En octobre, la France a été pour la première fois depuis l’hiver 1982-1983, importatrice nette d’électricité. Notre pays, traditionnellement exportateur d’électricité grâce à son parc nucléaire, a importé en octobre 458 GWh auprès de ses voisins européens, a annoncé hier RTE. Cette situation tient précisément à la moindre disponibilité de ce parc, elle-même due à de nombreux arrêts de réacteurs en octobre pour accidents et opérations de maintenance. Cette moindre performance tient aussi à des mouvements sociaux qui ont perturbé le calendrier de maintenance et de rechargement en combustible des réacteurs. Le parc nucléaire d’EDF a produit en octobre 8,9 % d’électricité de moins que l’année précédente. EDF a reconnu la semaine dernière que sa production d’électricité nucléaire serait, sur l’année 2009, à son plus bas niveau depuis dix ans.
Les difficultées d'EDF, analyse d'André PELLEN
Je suis convaincu que personne ne mesure le juste degré de gravité de cette crise sociocorporatiste et, surtout, à quel point les Français n’ont pas fini de payer les errements d’un système pervers, vieux de 60 ans, qui a manifestement vécu : celui du long règne d’une direction bicéphale d’EDF, durant lequel il convenait presque de se signer devant l’effigie du Commandeur Marcel Paul. Jusque très récemment, le système a fonctionné cahin-caha dans un régime de convulsions difficilement maîtrisées, mais maîtrisées tout de même, avec un pôle décisionnel constitué du couple directions-pouvoir-politique et un autre dominé par la toute puissante CGT.
Ce système, que la direction d’EDF avait le plus grand intérêt à faire perdurer, reposait et repose encore sur une succession de marchés léonins, passés entre les deux hémisphères du pouvoir, hors desquels point de salut pour quiconque dans l’entreprise. Aucun déroulement de carrière digne de ce nom n’a, en effet, jamais été envisageable hors de l’égide de la direction ou hors d’une égide syndicale trustée par la CGT, notamment dans les collèges maîtrise et exécution. Il n’est pas nécessaire d’examiner en profondeur les modalités de mutations et d’avancements de toutes natures, pratiquées dans la maison, pour réaliser qu’elles relèvent davantage du marchandage de quotas d’influences syndicales, d’anciennetés et de copinages que de compétences et d’aptitudes avérées.
Mais ce système pervers a toujours présenté un énorme avantage pour la direction d’EDF : celui d’obtenir la garantie que les “deals” souvent iniques, conclus avec la CGT, soient infailliblement respectés par l’infanterie syndicale. De fait, même si dans les cahiers de la revendication, ce syndicat a, la plupart du temps, été à la pointe de la démagogie, jusqu’ici, l’infame complicité a tant bien que mal fonctionné. C’est ainsi que, à la suite d’une bronca populaire sans précédent, directions et syndicat CGT parvinrent à s’entendre définitivement sur la non-coupure des populations pour fait de grève. Cet événement eut lieu au cours d’un hiver 1970 où il gela à pierre fendre. Avant cette date, la grève avec coupures de courant était un sport statutaire donnant lieu à de fréquentes et cocasses empoignades entre syndicalistes pro et anti coupures. Une inquiétante actualité tend à montrer que, en 2009, cet accord historique a sérieusement pris du plomb dans l’aile.
Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, les mentalités ont largement évolué, notamment dans les États-Majors syndicaux où la lucidité d’une culture socio-économique renforcée est désormais souveraine. Qu’on soit ou non d’accord avec les évolutions actuelles du marché de l’énergie et ses implacables répercussions sur la maison EDF, ces États-Majors ont enfin pris conscience qu’on ne peut plus faire ou exiger n’importe quoi, que certaines choses sont devenues impossibles, que la survie ou la bonne santé de l’opérateur historique ne sont plus dans les seules mains du gouvernements français... que l’époque du lobby sans partage de la CGT est terminée, par la force des choses.
Oui mais voilà, l’infanterie de ce syndicat se refuse radicalement à suivre le même cheminement intellectuel que celui de son État-Major et continue de lui servir, avec un enthousiasme irresponsable qui laisse pantois, le zèle revendicatif fondateur, sans retenue, qui a fait la fortune de la CGT. Petite nuance toutefois : ce militantisme syndical, très déterminé, a changé de crèmerie ! Contrairement à une idée que l’on se plait à répandre un peu partout, je suis absolument persuadé que l’essentiel des troupes de SUD est issu de la migration de syndicalistes CGT intraitables. Ainsi, cette dernière centrale se trouve-t-elle aujourd’hui placée devant la terrible alternative de se livrer à une surenchère revendicative, suicidaire pour le pays... ou se laisser lentement mourir.
Dans de telles conditions, je me refuse absolument à prendre pour argent comptant la version revendicative de la crise socio professionnelle secouant actuellement l’exploitation du parc nucléaire français, puissamment et complaisamment relayée par tout ce que le pays compte de vecteurs de communication – surtout dans la presse de gauche et y compris par certains membres influents de cette liste – sans avoir le moyen de la mettre en perspective avec d’autres élément réputés objectifs (qui se font ô combien attendre !), issus de sources indiscutables, voire d’une direction d’EDF en dessous de tout et dont la veulerie n’a jamais eu d’équivalent... Je connais trop la musique conflictuelle interne pour considérer que les prétendus observateurs cherchant à l’entonner – je pense notamment au sacro-saint Médiapart – ne soient pas, d’une manière ou d’une autre, les interprètes serviles et souvent grotesques de courants partisans.
Entendons nous bien, je ne suis pas là à contester la réalité de cette grave crise, au premières loges de laquelle est placé mon ami José Romélé qui a toute ma confiance. Je dis seulement que, à l’heure qu’il est, je n’est pas les moyens de me faire une intime conviction sur les tenants, les aboutissants, les responsabilités et les causes réelles de cette dramatique situation, lucide que je suis sur le caractère trop souvent biaisé du discours syndical. Après tout, je ne vois pas en quoi cette vague de grèves se démarque radicalement de celle que j’ai connue au milieu des années 80 – j’oserai même dire dont j’ai personnellement pati – à Cruas, sauf que, à l’époque, le maître de cérémonie n’était autre que la CGT. Je me souviens de ces occupations de site dépassant la semaine, au cours desquelles plusieurs de mes amis et moi-même faillirent en venir aux mains ; je me souviens de ces implacables baisses de charge à moins de 20 % de Pn, surveillées au MW près par des insurgés prêts à investir le bureau du directeur de la centrale au moindre écart, au point que plusieurs cadres, dont je devais faire partie, durent descendre au dispatching de Marseille pour établir une liaison entre la conduite du système électrique et les grévistes, permettant de leur justifier des contraintes d’exploitation incontournables.
Quant aux revendications dont, 25 ans plus tard, les libellés se retrouvent presque à la virgule près dans le discours syndical, je me souviens surtout que la direction ne manquait jamais de les neutraliser par l’augmentation de primes diverses, par des progrès structurels et catégoriels de classements, d’effectifs ou de déroulement de carrière. Pourtant, les généreuses revendications mises en avant avaient été, comme aujourd’hui, les conditions et les cadences de travail insupportables (notamment chez les personnels de conduite) exigeant d’EDF qu’elle embauche massivement le personnel des entreprises privées et de la sous-traitance. À en croire ces revendications, périodes d’aménagements ou pas, EDF devait non seulement rendre statutaires tous les personnels mobilisés transitoirement, mais, de surcroît, intégrer l’essentiel des effectifs de ses partenaires ; des effectifs jugés plus compétents et plus fiables avec la casquette EDF. En somme, hors d’une nationalisation à très grande échelle, point de salut pour un système électrique français, donné en exemple au monde entier avant même de l’avoir achevé. Inutile de préciser que le procès en dérive ultralibérale, qui, depuis, a tant fait florès, était déjà largement présent dans la rhétorique syndicale.
Vingt cinq ans plus tard, à qui veut on faire croire que, dans une entreprise détenue à 80 % par l’État, dont le patron est désigné par le pouvoir politique et y prend ses instructions les plus essentielles, les graves problèmes auxquels l’entreprise est confrontée, sont intégralement à attribuer à une quelconque dérive capitalistique ?! Même si cette dernière ne peut être exonérée de certaines responsabilités, il faut être bien naïf pour croire ça... ou être sérieusement inféodé à des thèses partisanes. Pour ma part, je suis convaincu qu’EDF est aujourd’hui en très grand danger d’une dérive opposée, bien plus funeste : celle qui a définitivement plongé le transport ferroviaire français dans la chienlit de l’arbitraire syndical. Je souhaite très sincèrement me tromper, mais je prédis que, si rien ne change à brève échéance, l’exploitation du parc nucléaire d’EDF pourrait bien, avant 10 ans, n’avoir rien à envier à celle des TGV et des TER de la SNCF. Or, plus personne n’ignore qu’on n’arrête pas et redémarre pas à discrétion une tranche nucléaire comme on fait stationner ou circuler un train...Je vous laisse méditer ces quelques états d’âme et attends de voir maintenant, avec intérêt, si Emmanuel consent à diffuser (sur la liste) cette tribune libre, en rupture complète avec tout ce qu’il a publié jusqu’ici sur le sujet, y compris et surtout avec sa propre perception des choses.André Pellen
Ce système, que la direction d’EDF avait le plus grand intérêt à faire perdurer, reposait et repose encore sur une succession de marchés léonins, passés entre les deux hémisphères du pouvoir, hors desquels point de salut pour quiconque dans l’entreprise. Aucun déroulement de carrière digne de ce nom n’a, en effet, jamais été envisageable hors de l’égide de la direction ou hors d’une égide syndicale trustée par la CGT, notamment dans les collèges maîtrise et exécution. Il n’est pas nécessaire d’examiner en profondeur les modalités de mutations et d’avancements de toutes natures, pratiquées dans la maison, pour réaliser qu’elles relèvent davantage du marchandage de quotas d’influences syndicales, d’anciennetés et de copinages que de compétences et d’aptitudes avérées.
Mais ce système pervers a toujours présenté un énorme avantage pour la direction d’EDF : celui d’obtenir la garantie que les “deals” souvent iniques, conclus avec la CGT, soient infailliblement respectés par l’infanterie syndicale. De fait, même si dans les cahiers de la revendication, ce syndicat a, la plupart du temps, été à la pointe de la démagogie, jusqu’ici, l’infame complicité a tant bien que mal fonctionné. C’est ainsi que, à la suite d’une bronca populaire sans précédent, directions et syndicat CGT parvinrent à s’entendre définitivement sur la non-coupure des populations pour fait de grève. Cet événement eut lieu au cours d’un hiver 1970 où il gela à pierre fendre. Avant cette date, la grève avec coupures de courant était un sport statutaire donnant lieu à de fréquentes et cocasses empoignades entre syndicalistes pro et anti coupures. Une inquiétante actualité tend à montrer que, en 2009, cet accord historique a sérieusement pris du plomb dans l’aile.
Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, les mentalités ont largement évolué, notamment dans les États-Majors syndicaux où la lucidité d’une culture socio-économique renforcée est désormais souveraine. Qu’on soit ou non d’accord avec les évolutions actuelles du marché de l’énergie et ses implacables répercussions sur la maison EDF, ces États-Majors ont enfin pris conscience qu’on ne peut plus faire ou exiger n’importe quoi, que certaines choses sont devenues impossibles, que la survie ou la bonne santé de l’opérateur historique ne sont plus dans les seules mains du gouvernements français... que l’époque du lobby sans partage de la CGT est terminée, par la force des choses.
Oui mais voilà, l’infanterie de ce syndicat se refuse radicalement à suivre le même cheminement intellectuel que celui de son État-Major et continue de lui servir, avec un enthousiasme irresponsable qui laisse pantois, le zèle revendicatif fondateur, sans retenue, qui a fait la fortune de la CGT. Petite nuance toutefois : ce militantisme syndical, très déterminé, a changé de crèmerie ! Contrairement à une idée que l’on se plait à répandre un peu partout, je suis absolument persuadé que l’essentiel des troupes de SUD est issu de la migration de syndicalistes CGT intraitables. Ainsi, cette dernière centrale se trouve-t-elle aujourd’hui placée devant la terrible alternative de se livrer à une surenchère revendicative, suicidaire pour le pays... ou se laisser lentement mourir.
Dans de telles conditions, je me refuse absolument à prendre pour argent comptant la version revendicative de la crise socio professionnelle secouant actuellement l’exploitation du parc nucléaire français, puissamment et complaisamment relayée par tout ce que le pays compte de vecteurs de communication – surtout dans la presse de gauche et y compris par certains membres influents de cette liste – sans avoir le moyen de la mettre en perspective avec d’autres élément réputés objectifs (qui se font ô combien attendre !), issus de sources indiscutables, voire d’une direction d’EDF en dessous de tout et dont la veulerie n’a jamais eu d’équivalent... Je connais trop la musique conflictuelle interne pour considérer que les prétendus observateurs cherchant à l’entonner – je pense notamment au sacro-saint Médiapart – ne soient pas, d’une manière ou d’une autre, les interprètes serviles et souvent grotesques de courants partisans.
Entendons nous bien, je ne suis pas là à contester la réalité de cette grave crise, au premières loges de laquelle est placé mon ami José Romélé qui a toute ma confiance. Je dis seulement que, à l’heure qu’il est, je n’est pas les moyens de me faire une intime conviction sur les tenants, les aboutissants, les responsabilités et les causes réelles de cette dramatique situation, lucide que je suis sur le caractère trop souvent biaisé du discours syndical. Après tout, je ne vois pas en quoi cette vague de grèves se démarque radicalement de celle que j’ai connue au milieu des années 80 – j’oserai même dire dont j’ai personnellement pati – à Cruas, sauf que, à l’époque, le maître de cérémonie n’était autre que la CGT. Je me souviens de ces occupations de site dépassant la semaine, au cours desquelles plusieurs de mes amis et moi-même faillirent en venir aux mains ; je me souviens de ces implacables baisses de charge à moins de 20 % de Pn, surveillées au MW près par des insurgés prêts à investir le bureau du directeur de la centrale au moindre écart, au point que plusieurs cadres, dont je devais faire partie, durent descendre au dispatching de Marseille pour établir une liaison entre la conduite du système électrique et les grévistes, permettant de leur justifier des contraintes d’exploitation incontournables.
Quant aux revendications dont, 25 ans plus tard, les libellés se retrouvent presque à la virgule près dans le discours syndical, je me souviens surtout que la direction ne manquait jamais de les neutraliser par l’augmentation de primes diverses, par des progrès structurels et catégoriels de classements, d’effectifs ou de déroulement de carrière. Pourtant, les généreuses revendications mises en avant avaient été, comme aujourd’hui, les conditions et les cadences de travail insupportables (notamment chez les personnels de conduite) exigeant d’EDF qu’elle embauche massivement le personnel des entreprises privées et de la sous-traitance. À en croire ces revendications, périodes d’aménagements ou pas, EDF devait non seulement rendre statutaires tous les personnels mobilisés transitoirement, mais, de surcroît, intégrer l’essentiel des effectifs de ses partenaires ; des effectifs jugés plus compétents et plus fiables avec la casquette EDF. En somme, hors d’une nationalisation à très grande échelle, point de salut pour un système électrique français, donné en exemple au monde entier avant même de l’avoir achevé. Inutile de préciser que le procès en dérive ultralibérale, qui, depuis, a tant fait florès, était déjà largement présent dans la rhétorique syndicale.
Vingt cinq ans plus tard, à qui veut on faire croire que, dans une entreprise détenue à 80 % par l’État, dont le patron est désigné par le pouvoir politique et y prend ses instructions les plus essentielles, les graves problèmes auxquels l’entreprise est confrontée, sont intégralement à attribuer à une quelconque dérive capitalistique ?! Même si cette dernière ne peut être exonérée de certaines responsabilités, il faut être bien naïf pour croire ça... ou être sérieusement inféodé à des thèses partisanes. Pour ma part, je suis convaincu qu’EDF est aujourd’hui en très grand danger d’une dérive opposée, bien plus funeste : celle qui a définitivement plongé le transport ferroviaire français dans la chienlit de l’arbitraire syndical. Je souhaite très sincèrement me tromper, mais je prédis que, si rien ne change à brève échéance, l’exploitation du parc nucléaire d’EDF pourrait bien, avant 10 ans, n’avoir rien à envier à celle des TGV et des TER de la SNCF. Or, plus personne n’ignore qu’on n’arrête pas et redémarre pas à discrétion une tranche nucléaire comme on fait stationner ou circuler un train...Je vous laisse méditer ces quelques états d’âme et attends de voir maintenant, avec intérêt, si Emmanuel consent à diffuser (sur la liste) cette tribune libre, en rupture complète avec tout ce qu’il a publié jusqu’ici sur le sujet, y compris et surtout avec sa propre perception des choses.André Pellen
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